Avant mon expérience à Calais, il me semblait connaître la situation des migrants, grâce notamment aux nombreux reportages télévisés et aux articles de journaux existant sur le sujet.
En arrivant à destination ce dimanche 15 août 2010, les images et les mots ont pris une tout autre signification : vivre dans un squat ou dans la « jungle », passer ses journées dans l’attente du passage en Angleterre ; tout cela avait désormais un sens, que seule la proximité avec les migrants peut donner.
En effet, dès le lendemain matin, je suis allée avec l’équipe du Secours Catholique de Calais à leur rencontre. Sous une pluie battante, nous avons apporté de l’eau à certains d’entre eux.
Il m’a semblé difficile de serrer la main de ces hommes dont la situation matérielle (la plus manifeste) était aussi précaire.
Il m’a semblé difficile de repartir en les laissant derrière soi, sous la pluie, à attendre : attendre le repas, attendre le passage du camion des douches, attendre un appel téléphonique…
L’après-midi de cette première journée, nous sommes allés rendre visite à des Palestiniens chez eux, dans leur squat.
Comment peut-on vivre dans des conditions pareilles ?
Un entrepôt désaffecté constituait leur logis. Les murs s’écroulaient, les câbles tombaient, la toiture s’effondrait. J’ai vite pris conscience, cependant, que ce squat était « luxueux » au regard de celui d’autres migrants. Certains ne vivaient que sous des tentes ou dans des abris très reculés de la ville.
Comment peut-on laisser des êtres humains vivre dans des conditions pareilles ?
Cette deuxième interrogation a peut-être encore plus d’importance à mes yeux que la première. Il est évident que leur situation n’est que la conséquence d’une accumulation de facteurs, au nombre desquels figure la politique. Cette prise de conscience n’a pu suffire à apaiser mon sentiment de révolte et d’injustice pour des personnes qui avaient souvent déjà bien souffert dans leur pays. Sentiment renforcé par les nombreux abus de droit dont les migrants sont quotidiennement victimes, tels que les arrestations policières à répétition.
Le reste de la semaine a été rythmé par la visite des squats, la rencontre avec les équipes des cours d’alphabétisation et de l’aide au service des douches.
Cette dernière « activité » m’a permis de prendre pleinement conscience de la signification du mot « bénévole ».
J’ai été vraiment touchée par le dévouement des différentes équipes qui se sont succédé au service des douches. Les bénévoles rencontrés prenaient sur leur RTT ou leur peu de temps libre pour venir en aide aux migrants. C’est surtout la simplicité des raisons de cette aide qui m’a marquée : volonté d’apporter, de donner à ceux qui n’ont rien.
[Sur les conditions faites aux migrants], j’ai toutefois quitté Calais choquée par tant d’inhumanité.